[Interview] Vincent Callebaut imagine Paris et les villes en 2050

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A quoi pourrait ressembler Paris en 2050 ? Voilà un question qui suscite beaucoup d’interrogations. Mais, en réalité il ne s’agit pas que d’une question sur Paris, mais bel et bien d’une question planétaire sur le devenir de nos villes. Smart City, écoquartier, ville autosuffisante, sont autant d’outils qui nous permettent d’avoir une petite idée du modèle de la ville de demain.

Pour en savoir un peu plus sur ce qui nous attend, Architecture Urbanisme FR a interviewé Vincent Callebaut, qui travaille actuellement sur le dossier des Smart Cities aux côtés de la mairie de Paris. Une étude intitulée Paris Smart City 2050.

Ses autres projets :

Projet Dragonfly de Vincent Callebaut : ferme verticale dans New York

Projet Lilypad : cité flottante écologique et autosuffisante

Solar Drop : un complexe aquatique écologique à Abou Dhabi

Le Physalia: nouveau concept de jardin écologique flottant qui nettoie nos fleuves

Crédits images © Vincent Callebaut Architectures

Voilà à quoi pourrait ressembler Paris… 

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Bonjour Vincent Callebaut, pouvez-vous expliquer ce qui vous a été commandé par la mairie de Paris, et quelle a été votre réponse architecturale ?

Notre candidature commune, Setec Bâtiment + Vincent Callebaut Architectures, a été sélectionnée dans le cadre d’une consultation lancée au printemps 2014 par la Mairie de Paris dont l’intitulé était : « Performances énergétiques des Immeubles de Grande Hauteur (IGH) et évolutions à 2050 dans le contexte du Plan Climat Energie de Paris ».Pour cette mission, il s’agissait pour nous architectes de proposer un travail prospectif sur les formes architecturales qui pourraient dessiner le Paris de 2050 et de soumettre des planches d’esquisses d’IGH illustrant les principes suivants :

  • confort
  • maîtrise des besoins
  • valorisation des ressources locales
  • adaptation au contexte climatique à venir
  • intégration dans le contexte parisien

S’agissant d’un travail d’anticipation, nous avons proposé des concepts novateurs issus de la recherche fondamentale en laboratoire et de la recherche appliquée en industrie. Nous avons conçu deux projets pour chacun des quatre contextes urbains décrits ci-après :

  • Paris historique : quartiers à forte dominante patrimoniale largement composés d’immeubles datant de la période 1850-1920
  • Paris périphérique : immeubles construits de 1920 à 1940, des HBM aux immeubles modernes essentiellement situés sur le pourtour de Paris
  • Paris moderne : immeubles datant des années 70 représentatifs de l’architecture nouvelle avec les premières tours et l’urbanisme sur dalle
  • Paris futur : nouveau quartier sans identité propre à définir

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Quel est votre avis sur l’avenir des villes et notamment Paris ?

En France, il faut bien se l’avouer, il existe une réelle difficulté de concevoir l’avenir comme porteur d’espoir et de progrès pour l’ensemble de la collectivité. Le pari de mon atelier d’architectures est de ré-enchanter le « Smart Paris » de demain capable d’impulser une nouvelle dynamique sociale pour assurer la mutation de la ville lumière et augmenter la qualité de vie des parisiens en leur proposant de nouveaux modes de vie éco-responsables et applicables dès maintenant. Notre planète bleue représente un territoire fini et nos ressources naturelles ne sont pas inépuisables. Tout le monde le sait depuis 10 ans! Qu’attendons-nous alors pour changer véritablement ?

Paris est hyper-énergivore et est basée sur l’étalement urbain à l’horizontal voué aux projets d’infrastructures et à l’asphyxie automobile. Selon moi, il faut progressivement quitter ce modèle urbain de l’après-guerre basé sur la mono-fonctionnalité et sur la ségrégation sociale pour un nouveau modèle durable, dense et connecté prônant l’hyper mixité sociale et la multifonctionnalité. Il est donc urgent de dépasser les constats anxiogènes par une stratégie d’anticipation et de donner le cap de cette mutation urbaine assurant la transition énergétique qui nécessite une vision politique à long terme.

Loin des Smart Cities de Songdo en Corée ou de Masdar à Abu Dhabi construites ex-nihilo et basées principalement sur des systèmes informatiques qui optimisent l’utilisation des données numériques, notre leitmotiv pour Paris est de transformer notre ville organique en un écosystème – et non en un système – tout en respectant et en valorisant son histoire et son tissu patrimoniale. C’est un véritable challenge pour toutes nos villes européennes. Et si Paris montrait l’exemple ? Et si les contraintes induites par le dérèglement climatique devenaient de véritables opportunités pour profiter des bénéfices liés au climat, aux ressources et à la biodiversité ?

Ce leitmotiv biomimétique nous a conduits à inventer un Paris post carbone, post nucléaire, post fossile qui sera capable de réduire de 75% ses gaz à effet de serre d’ici 2050 par la construction de bâtiments à énergie positive qui misent sur la solidarité énergétique entre le tissu ancien de Paris et les nouvelles constructions.

L’énergie excédentaire produite par nos 8 prototypes de tours serait ainsi redistribuées en temps réels par un internet de l’énergie aux bâtiments anciens qui sont – pour la plus part – de véritables passoirs thermiques et compliqués à isoler.

Ces 8 prototypes seront capables de produire leurs propres énergies (électrique, calorifique et même alimentaire), mais aussi de recycler leurs propres déchets en les transformant in situ en ressources naturelles comme peut le faire un écosystème mature telle qu’une forêt tropicale par exemple.

La construction à la verticale ne doit plus rester, toujours selon moi, un tabou si on veut répondre à la crise chronique du logement dans la capitale sinon vouée à la gentrification et à la muséification. Il faut sortir du traumatisme urbain qu’on subit les citadins dans les années 70. Mon atelier propose tente donc de réconcilier les parisiens avec de nouvelles typologies de tours mixtes à énergie positive qui leur offriront les clés d’un avenir éco-responsable économisant le territoire, dés-asphyxiant le centre-ville et rapatriant une nature non pas cosmétique mais nourricière en son cœur.

La nature? Cinq mètres carré d’espace vert à Paris par habitant contre quarante mètres carré à Berlin. Faute de place, les jardins parisiens ne seront plus construits au pied des bâtiments mais les bâtiments se transformeront eux-mêmes en jardins suspendus. Cette végétalisation par des balcons potagers et des vergers communautaires sera de plus très efficace pour lutter contre l’effet d’îlot de chaleur urbain et donc pour bio-climatiser notre ville aujourd’hui trop minérale et imperméable et dont le climat va augmenter de 2 degrés d’ici les trente-cinq prochaines années.

Tao Zhu Garden en chantier à Taipei

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Est-ce que ces villes vertes que vous envisagez souvent dans vos projets seront un jour réalisables ?

Oui ! Cette ville verte est envisageable dés maintenant ! Par exemple, notre projet de tour écologique « Tao Zhu Garden », que nous avons remporté face à Zaha Hadid en 2010 est actuellement en chantier à Taipei, au pied de la Tour 101 à Taiwan et sera livrée fin 2016.

Cette tour va économiser l’émission de 35 tonnes de CO2 dans l’atmosphère par an. Elle est en cours de pré-certification du label LEED Gold et a été éco-conçues selon les règles du bioclimatisme et par l’intégration des énergies renouvelables. D’autres règles de base, très simple, y ont été intégrées comme par exemple la ventilation et l’éclairage naturelle du Parking et de toutes les circulations verticales.

Au Caire en Egypte, notre autre projet actuel « The Gate Residence » est un complexe multifonctionnel de 450 000 M² accueillant 1000 appartements dont le chantier va commencer en ce printemps 2015. Ce projet vise à réduire de 70% sa consommation énergétique par l’intégration d’un système de géothermie double flux, de cheminées à vents, d’une canopée solaire thermique et photovoltaïque, d’éoliennes, de vergers et de potagers communautaires sur le toit et de murs végétaux bio-filtrant les eaux grises.

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5 Comments

  1. bach said:

    Quid de l’entretien périodique des jardins suspendus..Que faire lorsqu’ils seront laissés à l’abandon ou laissés en friches pour cause de coùt trop élevés ?

  2. Viollaz Patricia said:

    Fascinée par les structure , je découvre votre revue et site grâce à mon fils (22ans). Il travaille dans l’événementiel et visite des lieux extrêmement surprenants tel le Palais Bulles de Theoule sur mer.
    Recherchant alors des informations sur ce domaine je découvre vos parutions : quels qualificatifs leur attribuer ? :
    Intrigantes (la ville du futur), informatives ( la Samaritaine), claires pour des novices, variées ( images textes au rapport eqilibré) merci. Patricia

  3. Nicolas Muquet said:

    Encore un nouveau plan Voisin pour Paris, à la nuance près qu’ici, on sabote le vieux Paris en lui adjoignant des tours partout au lieu de le raser !
    Personnellement, je pense que ces idées sont imbéciles, et pas seulement en termes de conservation du patrimoine : pour avoir habité à Paris, c’est la densité de population qui a fini par me faire devenir chèvre. On ne pouvait pas prendre le métro sans se retrouver à 10 par m², les moindres parcs étaient pris d’assaut par 500 gamins, et certains nous disent qu’il faudrait encore densifier la ville, alors que Paris est déjà l’une des villes les plus densément peuplée au monde…
    Dernier point sur la faisabilité de tels espaces verts à plus de 100 mètres de haut : s’ils sont à l’air libre comme certaines images le laissent à penser, le pari est très audacieux car un bâtiment en hauteur est comme une falaise, càd un milieu très exposé au vent avec des contrastes thermiques très importants, bref, pas vraiment ce qu’apprécient les plantes. D’ailleurs, en bordure de falaise, il n’y a généralement que des graminées et de rares buissons d’épineux.

  4. bordat lucette said:

    Avez vous pensé aux problèmes que posera la mortalité , cimetières crémations déjà très polluants ? Lucette

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