Le quartier du Cabanyal, à Valence, fait l’objet d’un grand projet de réhabilitation, impulsé par la municipalité. Cette transformation ne plaît pas aux habitants du quartier, très attachés aux « baraccas », les maisons typiques aux façades colorés qui rapellent l’histoire de ce secteur.
En effet, ce quartier historique de Valence est à l’origine peuplé de pecheurs, et cela depuis le XIIIème siècle. Les rues étroites et un alignement de maisons basses apparaissent au 19ème siècle. Aujourd’hui, certaines maisons franchement vétustes marquent l’identité et le passé du quartier.
Le quartier est resté peuplé par une population essentiellement modeste, mêlant l’ancienne couche ouvrière, différentes communautés immigrées et des étudiants, du fait de la proximité du campus universitaire de la ville.
L’objet principal du projet constitue le percement de la grande avenue Blasco Ibanez, qui part des « jardins du Real » face au centre historique de Valence. Cette large avenue plantée rejoint le quartier du Cabanyal en longeant l’université. L’objectif annoncé par la municipalité est de prolonger l’avenue jusqu’à la mer Mediterranée, restructurant ainsi El Cabanyal. Ce quartier classé Bien de Interes Cultural voit ses plus fervents défenseurs monter au créneau, soutenus par la ministre de la Culture.
Ce qui est aujourd’hui le Cabanyal a constitué jusqu’en 1897 une municipalité indépendante, connue sous le nom d’El Poble Nou de la Mar. Ces ruelles parallèles à la Méditerranée possèdent une identité bien affirmée. C’est celle-ci que Salvem el Cabanyal (sauvons le Cabanyal) veut défendre en prônant un nécessaire réhabilitation mais pas la destruction de patrimoine bâti et symbolique pour les habitants.
Le prolongement de l’avenue Blasco Ibáñez jusqu’à la mer entrainerait la démolition de 1651 bâtiments classés BIC depuis 1998 (Bien d’interêt culturel) ainsi que l’éradication des populations marginales qui occupent aujourd’hui le quartier. Cette nouvelle artère couperait radicalement le quartier en deux en son centre.

Le 4 janvier dernier, le Ministère de la Culture a passé un ordre pour freiner le plan de la mairie, considéré comme une « spoliation ». La Generalitat a alors contre-attaqué avec un décret-loi pour tenter d’éviter ce mandat.
Une barraca comme symbole de la lutte actuelle:
Au matin du 31 mars dernier, une entreprise de démolition est entrée au numéro 131, calle de la Reina pour la rendre inutilisable aux squatteurs et la faire passer sous le contrôle de Cabanyal 2010, la société privée responsable du Plan municipal. Le collectif Salvem a aussitôt multiplié les actions pour dénoncer ce qu’il considère comme un « délit ». La portevoix Maribel Doménech a souligné que malgré les déclarations, « la politique de démolitions continue d’avancer ». Barbera a elle rejeté les invitations aux négociations, considérant les membres de la plateforme comme « violents ». Et voilà que l’affaire commence à faire parler d’elle dans le reste de l’Europe. La ARD, chaîne publique allemande, a récemment dénoncé ce qu’elle considère comme une « barbarie culturelle » dans un reportage intitulé « Trop de ciment pour Valence ».
Dessin réalisé par un enfant du quartier :
La visée générale du projet d’urbanisme est de modifier totalement le paysage, le peuplement et les fonctions de ce morceau de ville, qui doivent recevoir de nouveaux ensembles d’immeubles et de bureaux modernes de part et d’autre de l’avenue. Il faut noter que ce programme n’a rien d’étonnant en soi. Il s’ajoute à une longue liste de très grandes opérations d’urbanisme qui ont profondément bouleversé le tissu urbain et le visage de la métropole valencienne. Parmi les opérations les plus emblématiques, on peut citer le déplacement du lit du Turon, puis le réaménagement du port de Valence avec la construction d’un opéra et d’une cité scientifique, mais aussi l’érection de nouveaux quartiers périphériques.
L’opéra de Valence
La ville est donc un immense chantier, comme tant de villes espagnoles depuis une quinzaine d’années. Les édiles portent ce projet, mais se tournent également vers un programme autrement plus ambitieux : arrivée du train à grande vitesse en provenance de Madrid depuis Décembre 2010 remodelant complètement le quartier de la future gare (Parque central).
Parque central avant :
Parque central aujourd’hui :
L’opération Cabanyal est en train de sombrer dans cauchemar politique, tant pour la mairie de droite, qui a dû arrêter les premières démolitions, que pour l’opposition de gauche qui prépare les élections municipales de mai prochain.
Jour après jour, mois après mois, les gens de la rue, les intellectuels, les artistes, les hommes d’affaires prennent position. Le « cas Cabanyal » montre que la population espagnole n’est pas, comme on peut le dire trop vite, lassée de sa classe politique et dépassée par les excès de spéculation et de corruption.
Les dangers du projet de del Cabanyal selon les habitants :
- Le danger d’un projet dicté par une idéologie moderniste et techniciste, consistant à soumettre l’aménagement urbain aux besoins de l’automobile et non l’inverse.
- Le danger de déplacer des populations socialement fragiles, alors que le besoin de logements accessibles est plus que jamais urgent.
- Le danger de la destruction d’un ensemble urbain dont la valeur est attachée à un environnement architectural global, ce qui a conduit le gouvernement central a édicter un règlement de protection au titre de bien culturel.
L’écho national dont cette affaire fait l’objet prouve que les Espagnols veulent changer de modèle urbain et qu’ils sont matures pour cela. La population – et les médias — ont dépassé le stade de la dénonciation de la crise urbaine et de son cortège d’excès et de scandales. Les observateurs politiques en Espagne « prennent à témoin » les événements en cours à Cabanyal pour mettre en perspective la question de l’aménagement.
Au-delà des débats auxquels a donné lieu le contre-projet d’aménagement proposé par les socialistes valenciens, encore assez timide, Cabanyal donne l’opportunité de « repolitiser » la scène publique et d’aborder des questions de fond : la société civile, la gouvernance locale, l’existence d’un patrimoine urbain vivant et non muséifié… Quelle que soit l’issue judiciaire et opérationnelle, la bataille de Cabanyal est aujourd’hui un symbole de lutte citoyenne face aux politiques urbaines.
M










Opéra de Valancia par l’architecte Santiago CalatravaPROJETS URBAINS ET RÉALISATIONS ARCHITECTURALES