L’architecte Paul Chemetov (conception du ministère de l’Economie et des Finances à Bercy ou réhabilitation de la Grande Galerie de l’évolution du Muséum national d’histoire naturelle de Paris) se bat actuellement pour sauver une de ses œuvres : un immeuble en forme de L, abritant 80 logements depuis 1983, face à l’hôpital de Courcouronnes dans le quartier du Canal.
Sa démolition est prévue pour l’année prochaine dans le cadre d’un projet de l’Agence pour la rénovation urbaine (Anru). L’architecte et les représentants de la commune de Courcouronnes se sont affrontés au tribunal de grande instance de Paris, afin de trouver une solution à la démolition annoncée de la résidence Marquis de Raies.
NEWS : 14 Juin : le tribunal de grande instance de Paris a autorisé la démolition de son immeuble de Courcouronnes (Essonne)… Mais son avocat annonce son intention d’interjeter appel de la décision.
D’un coût global de 70 millions d’euros, le projet d’aménagement urbain de l’ANRU (avec les infrastructures et bâtiments publics, ndlr) vise à désenclaver une soixantaine de quartiers de l’Essonne, selon le maire.
Les architectes évoquent la notion de patrimoine dans un texte intitulé « Faut-il démolir le patrimoine du XXe siècle ? » : le document est signé par 25 architectes réputés parmi lesquels Henri Ciriani, Marc Mimram, Jean Nouvel, Dominique Perrault, Rudy Ricciotti, Bernard Tschumi et Thierry van de Wyngaert, président de l’Académie d’Architecture.
Selon eux, le bâtiment concerné, « construit en 1983 par Paul Chemetov et restauré il y a peu, est en danger de destruction rapide en raison de la convention signée en 2009 par l’ANRU (l’Agence nationale de rénovation urbaine) présentant sa démolition comme une nécessité ».
Ils s’insurgent contre la mesure, l’estimant sans justification. »Cette braderie détruit des logements alors que l’on déplore leur pénurie, prive de travail entreprises et artisans capables de les restaurer ou de les réhabiliter, et nous dépossède d’un patrimoine du XXe siècle, qui est le nôtre », déclarent notamment les signataires.
Ils citent d’autres exemples de patrimoine architectural menacé de démolition pour la même raison: l’école d’Architecture de Nanterre, de Jacques Kalisz, l’hôpital Louise-Michel, d’Adrien Fainsilber, l’Université du Mirail, de George Candilis, à Toulouse, le quartier de Mériadeck, à Bordeaux, de Jean Willerval, Paul Lagarde et Jean Royer, le centre Thales, à Velizy, de Claude Parent, l’usine Famar, à Orléans, de Jean Tschumi, les bureaux et laboratoires Novartis, à Rueil-Malmaison, de Bernard Zehrfuss, Martin Buckhardt et Jean Prouvé.
Vidéo d’une conférence sur la modernisation du bâtiment universitaire de Toulouse Le Mirail
Les signataires dénoncent des décisions administratives « faisant fi des protestations de nombreux architectes mais aussi d’associations comme la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France, Paris Historique, et Docomomo International, et de simples citoyens ».
La justice propose une médiation
L’architecte a plaidé pour la sauvegarde non pas d’un projet, mais celle d’une « œuvre habitée », a indiqué son avocat au micro de l’AFP. Il aurait même présenté un « plan B » afin de sauver une partie du bâtiment. En guerre depuis un an avec les élus locaux, Paul Chemetov s’oppose à la destruction de ce bâtiment en L, dont l’esthétique et la fonctionnalité divisent aujourd’hui les habitants du quartier.
« Ce n’est pas son œuvre majeure », a souligné l’avocat de la communauté d’agglomération d’Evry-Centre-Essonne, à la sortie du tribunal. Il pointe notamment du doigt « la longueur de l’immeuble » qui « cloisonne le quartier », et qui en ferait un lieu propice aux trafics en tout genre. Le maire (UMP) de Courcouronnes le qualifie de « mur-écran dans le paysage », tandis que le ministre de la ville, François Lamy, indiquait qu’il n’avait pas été « ébloui » par la « qualité architecturale » du bâtiment.
La justice propose une médiation qui ne permettra aucun compromis, le maire de Courcouronnes y étant totalement opposé.
La politique de renouvellement urbain se heurte dans ce cas précis à la notion de patrimoine architectural. Que va privilégier le juge ? Que va t-il considérer comme répondant à l’intérêt général ? Affaire à suivre….



