Oscar Niemeyer, 1907-2012

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On avait fini par le croire immortel : le patriarche brésilien de l’architecture est décédé le 5 décembre à Rio de Janeiro (Brésil), sa ville natale, à l’âge de 104 ans. Entré dans la légende grâce à son rôle majeur dans le modernisme brésilien et à la construction des monuments de la mythique Brasilia. Il était aussi connu pour son inébranlable engagement communiste, son amour des femmes et sa célébration permanente de la courbe.

Il s’en sera fallu de dix jours : Oscar Niemeyer aurait eu 105 ans le 15 décembre. Il est mort ce mercredi à l’hôpital Samaritano de Rio de Janeiro où il avait été admis voici un mois. Né en 1907 dans cette même ville, Oscar Ribeiro Almeida de Niemeyer Soares – un nom qui témoigne de ses origines autant portugaises, allemandes qu’arabes – passe une enfance heureuse dans la vaste maison qui abrite sa grande famille: parents, grands-parents, frères et sœurs, oncles et tantes. Mais, très jeune, il est choqué par les privilèges dont jouit son milieu bourgeois.

Dès l’école primaire, il excelle en dessin, ce qui le mène jusqu’à l’Ecole des beaux-arts en 1929. Puis il rejoint l’équipe de l’architecte et urbaniste Lucio Costa. Oscar Niemeyer dira avoir choisi d’y travailler pour rien, quand ses camarades de classe optent pour de grosses compagnies de BTP. Mais c’est justement dans ce cabinet que, jeune diplômé, il pourra participer en 1936 au projet qui marque l’avènement du modernisme dans son pays: la construction du ministère de l’Education et de la Santé, dont Le Corbusier est architecte-conseil.

Monuments pour une capitale

Il décroche sa première commande d’envergure à la décennie suivante. Pour le maire de Belo Horizonte, Juscelino Kubitschek, il imagine le complexe de Pampulha, au bord d’un lac. Une mise en jambe avant son grand chantier: Brasilia. Devenu président, Kubitschek ravive le vieux rêve d’une nouvelle capitale pour le Brésil. Au centre du pays, au milieu de nulle part, Lucio Costa trace un plan urbain en forme d’oiseau sur lequel Oscar Niemeyer élève des monuments emblématiques. L’architecte dessine notamment des coupoles inversées pour le Congrès national et une gerbe d’arcs pour la cathédrale. Oscar Niemeyer use alors de béton dans un « jeu inattendu de lignes droites et de courbes ». Il se démarque des raides angles droits du mouvement moderne et se fait plutôt le chantre de la sensualité des « courbes que je trouve dans les montagnes de mon pays, dans le cours sinueux de ses rivières, dans les vagues de l’océan et sur le corps de la femme aimée ». Inaugurée le 21 avril 1960, Brasilia devient un mythe, qui sera classé par l’Unesco au Patrimoine mondial de l’humanité dès 1987. « Tu peux aimer ou pas, mais tu ne peux pas dire que tu as vu des choses semblables », constate Niemeyer.

Prix pour une carrière

En 1965, après l’instauration de la dictature, l’architecte qui milite au Parti communiste depuis vingt ans s’exile en France. Malraux lui permet d’obtenir un permis de travail, qui l’autorise à bâtir, notamment, la maison de la Culture du Havre, aujourd’hui appelée le Volcan, et surtout le siège du Parti communiste français à Paris. Même Georges Pompidou fait – presque – l’éloge du célèbre dôme blanc de la place du Colonel-Fabien, « la seule bonne chose que les Communistes aient faite ». Niemeyer aime la France et les terrasses des Champs-Elysées où il regarde passer les Parisiennes perchées sur leurs talons. De retour dans son pays dans les années 1970, Oscar Niemeyer reçoit le prix Pritzker en 1988 et, devenu un très vieux monsieur, il peut afficher un palmarès de plus de 600 réalisations. En 1996, l’étrange soucoupe volante de son musée à Niteroi fait à nouveau sensation et une décennie plus tard, il inaugure un théâtre populaire dans cette même ville située face à Rio. Régulièrement, l’annonce d’un nouveau projet culturel ou l’inauguration d’un bâtiment administratif venait rappeler que la carrière déjà exceptionnelle du patriarche de l’architecture brésilienne se poursuivait toujours. Une vingtaine de projets serait encore en cours de réalisation dans divers pays. Niemeyer, depuis son bureau de Rio de Janeiro, au-dessus de la plage de Copacabana, ne cessait de tracer des courbes au feutre noir…

L’architecte dans son agence à Rio de Janeiro, au Brésil, à la veille de son centième anniversaire, le 14 décembre 2007.

Cent ans et plus

En 2007, l’architecte avait fêté son centenaire entouré de sa famille, de ses amis et de son ancienne secrétaire, âgée de 60 ans, qu’il avait épousé en secondes noces en 2006 (sa première épouse est décédée en 2004). Ce jour-là encore, Niemeyer assurait que l’essentiel est de mener une « vie décente basée sur la solidarité ». Le très vieux militant n’avait rien oublié de ses engagements et affichait encore, ces dernières années, son soutien indéfectible à Cuba. A ses visiteurs, il avait pris l’habitude d’affirmer: « Il est plus important d’aller manifester dans la rue que de faire de l’architecture ». Même si, pour Oscar Niemeyer, l’architecture était avant tout un manifeste.


Le dôme du Centre Niemeyer, centre culturel international conçu par Oscar Niemeyer lui-même, le jour de son inauguration à Aviles, le 15 décembre 2010.

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