Vancouver, transformation radicale du centre ville et recomposition urbaine

La ville de Vancouver (Canada) est la première ville du Nord qui voit son centre-ville se recomposer aussi radicalement et rapidement. Le downtown mixte de part ses fonctions va en quelques années radicalement se recomposer en une zone résidentielle. Les urbanistes vont alors imaginer ce terme maladroit de «de-downtownification» (dépérissement du centre-ville) pour décrire la folle transformation du centre-ville de Vancouver en zone résidentielle.

Au cours des siècles, plusieurs autres villes nord-américaines comme Toronto et Montréal ont déplacé leurs fonctions de centre-ville au fil de leur évolution, mais comme Vancouver se situe sur une péninsule, entre l’océan Pacifique et Stanley Park, elle n’a pas pu suivre ce modèle.
Qui investit les downtown ? Les urbanistes les décrivent comme des développeurs de logiciels ou de jeux vidéo , des acteurs de l’économie postmoderne allant à pied au travail. Cependant, beaucoup de ces nouveaux résidents appartiennent à une classe sociale mondialisée prospère achetant souvent un appartement pour passer leurs vieux jours à Vancouver.
D’après les estimations, un quart des acheteurs en centre-ville sont des spéculateurs internationaux, un second quart est constitué de Canadiens expatriés louant leurs appartements, la seule source d’immobilier à louer à Vancouver depuis une décennie. Les locataires, majoritairement jeunes, donnent temporairement au centre-ville son air de diversité.

Le plan de 1991 pose les bases du « vancouverisme » car il propose une nouvelle philosophie d’urbanisme, une typologie architecturale et un grand plan de réimplantation pour transformer le quartier en zone résidentielle.
C’est le postmodernisme comme ensemble d’idées, dans ses aspects stylistiques, socio-économiques et culturels, qui a fait la popularité du centre-ville de Vancouver. Son aspect visuel le plus évident est la tendance urbanistique à créer des références historiques pour les nouveaux bâtiments et les paysages urbains. Le POS de 1991 et ses versions remaniées ont fait la part belle aux toits Art déco et aux « Châteaux Chapeaux » pour couvrir les copropriétés ou les tours de bureaux. Les urbanistes de la municipalité ont même commandé une pâle imitation du Royal Crescent de Bath pour Richards Street, près de False Creek (photos ci-dessous).

 

Credits photos : Ville de Vancouver

Le Royal Crescent de bath en Angleterre :

L’urbanisme et l’économie post-moderne privilégient les signes visuels de la « ville créative » au détriment de la création même d’une richesse urbaine (investissement dans un logement plus abordable / création d’institutions culturelles nécessaires à l’existence d’une ville créative).

Les choix contrôlés par les principaux urbanistes, habituellement au moyen de bonus sociaux, ont privilégié la densité aux dépens de services publics parfois controversés (petits parcs, conservation de bâtiments historiques, art, construction d’infrastructures communautaires, contribution à un fonds de logement social, services de garde quotidienne, etc).

C’est avec ce plan que la typologie résidentielle très dense de Vancouver – agglomération d’immeubles sur d’étroites bases et logements urbains continus – a été codifiée.

Elle est née d’un assemblage des étroites tours résidentielles de Hong Kong et des maisons de ville (brownstone) du New York du XIXe siècle. La formule architecturale est diaboliquement précise : Hong Kong plus New York égale Vancouver.

Ainsi, 74 hectares d’espace commercial potentiel dans l’ancienne zone tertiaire de Downtown South ont été requalifiés comme « potentiel résidentiel » dans le plan d’urbanisme de 1991, ce qui peut nuire aux emplois de la zone et risque de transformer le downtown en cité dortoir. Aujourd’hui, ce quartier est presque uniquement constitué de copropriétés. La conversion des tours se poursuit dans les anciens entrepôts des quartiers historiques de Yaletown et de Gastown, qui accueillaient auparavant des sociétés de design, de médias et d’informatique. Même si nombre d’urbanistes refusent de l’admettre (en particulier les Américains ou les Canadiens habitant des villes à croissance lente), le trop-plein de tours d’habitation, notamment ces gratte-ciel uniformes et sans cachet des dernières années, risque d’étouffer le centre-ville de Vancouver.

On peut penser d’après les projets d’aménagement, que la politique urbaine de Vancouver penche désormais vers la prise en compte de la mixité et la recherche d’un modèle de developpement cohérent avec les aspirations des citadins. La place de la végétation en ville, et l’organisation des transports collectifs sont aujourd’hui à l’ordre du jour…

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